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mercredi 13 mai 2020 par Geneviève
Lettre ouverte aux parlementaires fédéraux, wallons et bruxellois

Il faut refuser le traçage numérique

 

Le 12 mai 2020

Lettre ouverte aux parlementaires fédéraux, wallons et bruxellois :
Il faut refuser le traçage numérique.

Alors que se met en place un déconfinement progressif attendu par tous, nous tenons à attirer votre attention sur les risques inhérents à une mesure préconisée par certains pour limiter la diffusion du coronavirus et éviter un rebond de l’épidémie.
Il s’agit bien sûr du traçage numérique, lequel permet d’identifier les relations interpersonnelles des individus grâce à leur smartphone et à une application faisant appel au système Bluetooth.
Si le traçage numérique ne semble pas avoir les faveurs des autorités régionales pour le moment, il reste bien présent dans la tête de certains experts et responsables politiques.
L’adoption d’un cadre légal pour son utilisation éventuelle confirme bien que cette « solution » reste d’actualité.

Or, il faut insister sur le caractère intrinsèquement dangereux de cette technologie ; dangereux pour nos libertés individuelles, le respect de la vie privée et l’utilisation de nos données personnelles à notre insu.
Certes, tout le monde s’accorde à dire que le système serait basé sur le volontariat ; mais dans la mesure où son fonctionnement est présenté comme nécessitant un taux de participation élevé pour être efficace, la pression sociale exercée sur les récalcitrants risque vite d’être insupportable.
Dès lors qu’on s’installe dans un climat de peur d’une nouvelle vague de contamination, la tendance à la soumission l’emportera sur toute autre considération. Rien ne permet de garantir dans ce contexte que le système ne deviendra pas à terme obligatoire.

L’atteinte à la vie privée par le traçage numérique est manifeste puisque non seulement les relations interpersonnelles mais les déplacements de toute personne participante sont connus au travers des échanges continus entre son smartphone et les objets connectés rencontrés.
Est tout aussi manifeste le transfert de la responsabilité citoyenne à un outillage technique contrôlé par une bureaucratie sanitaire. En cas de déplacements interdits, la voie est ouverte pour un système de sanctions automatiques.
On nous objectera que les balises juridiques et les garde-fous techniques sont aptes à éviter ou, à tout le moins, à limiter les « inconvénients » précités.
Nous nous permettons de faire remarquer que, aux dires même de chercheurs et experts non suspects de technophobie, les garde-fous techniques s’avèrent très fragiles.

Selon Maarten Van Steen, professeur en réseaux informatiques à grande échelle à l’Université de Twente (Pays-Bas), le Bluetooth est d’une grande imprécision et inapte à évaluer la distance réelle entre deux utilisateurs (1)
En outre, comme tous les systèmes, le Bluetooth est piratable et de nombreuses failles de sécurité sont régulièrement découvertes. La dernière est très récente.
En février 2020, Google a publié un correctif pour une faille critique qui touche le sous-système Bluetooth d’Android et permet de prendre le contrôle de tout appareil vulnérable à portée. Les spécialistes ont alors conseillé aux utilisateurs d’Android de désactiver le Bluetooth en attendant de recevoir la mise à jour (2).
Par ailleurs, en ce qui concerne l’anonymisation des données collectées, elle est considérée par certains experts comme une protection illusoire (3).
Quant aux balises juridiques, l’Histoire nous apprend qu’elles sont souvent « adaptées » face à la marée du progrès technique « conçu pour nous protéger ».

Enfin, un autre risque préoccupant est celui de la discrimination instaurée par le système : toute personne ne disposant pas d’un smartphone ou n’acceptant pas l’application pourrait se voir refuser l’accès au travail ou à certains lieux publics.
On entre tout droit dans le totalitarisme technologiste, d’autant plus insidieux qu’il se dissimule derrière l’objectif respectable de protection de la santé publique alors que l’efficacité du système est loin d’être garantie.

En conclusion, nous prétendons que le traçage numérique est une technologie virulente pour une société démocratique, respectueuse des droits fondamentaux et de la dignité humaine.
Ses avantages prétendus sont très hypothétiques et reposent avant tout sur la soumission de tous et l’abandon de toute responsabilité individuelle.

Nous demandons en conséquence de refuser cette prétendue réponse sanitaire et de vous prononcer contre toute proposition visant à la faire adopter.

Signataires

Paul Lannoye, député européen honoraire, docteur en sciences physiques
Marie-Christine Coene, citoyenne
Martine Dardenne, sénatrice honoraire, romaniste
Françoise Gilboux, infirmière
Michèle Gilkinet, ancienne parlementaire fédérale.
Michèle Goedert, architecte
Geneviève Hilgers, historienne
Armel Job, écrivain
Gérard Lambert, économiste
Nathalie Lannoye, juriste
Viviane Lardinois, biologiste
Francis Leboutte, ingénieur civil
Bernard Legros, enseignant
Jean-Marie Martin, économiste
Sylviane Roncins, thérapeute familiale
Pierre Stein, sociologue du développement.
Inès Trépant, politologue
Catherine Uyttenhove, docteur en biologie
Daniel Zink, philosophe

(1) Cité dans De Standaard du 25 avril 2020

(2) Cyrille Dalmont, chercheur associé à l’Institut Thomas More : « Traçage numérique. Pourquoi c’est non ». http://institut-thomas-more.org/2020/04/27/tracage-numerique-pourquoi-cest-non/

(3) Luc Rocher, chercheur à l’ICTEAM de l’Université catholique de Louvain, « Des données anonymes… ou pas ! » https://uclouvain.be/fr/sciencetoday/actualites/des-donnees-anomymes-ou-pas.html