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Et si on arrêtait le progrès ?
24 novembre 2006
 

Et si on arrêtait le progrès ?

Ils nous l’avaient promis : la révolution industrielle allait sauver le Monde ! Elle a produit des montagnes de pognon pour quelques-uns, une vaste déglingue sociale pour beaucoup, et le réchauffement climatique pour tous. Ils nous l’avaient juré : le nucléaire allait sauver le Monde. Mais, d’Hiroshima à Tchernobyl, on a vite compris que l’uranium, c’est de la bombe ! De l’extraction au traitement des déchets, sur toute la ligne, ça réclame pour se rendre utile une maîtrise incroyable, des moyens de contention de tous les instants pour des dizaines de siècles, et des montagnes de pognon. Allez ! On n’assied pas l’avenir sur un truc aussi dangereux. Ils nous l’avaient certifié : les ogm allaient sauver le Monde ! Résultat, les multinationales s’approprient le vivant, pervertissent la biodiversité sans se tracasser de savoir si les expériences en plein champ ne disséminent pas des crasses irréversibles, et se font des montagnes de pognon sur le dos des paysans du Nord comme du Sud. Pareil, pour les neurosciences, le clonage, les télécoms et leurs ondes électro-magnétiques... Les apprentis sorciers du bastion scientifico-industriel nous promettent des lendemains de bonheur et de clarté, mais ne réfléchissent pas un instant aux dérives lourdes. Vendredi dernier, à Grenoble, Chirac a inauguré Minatec, le plus grand centre de recherche européen en matière de nanotechnologie. En chipotant sur l’infiniment petit, atome par atome, sur des échelles de l’ordre du milliardième de millimètre, on peut espérer le meilleur : des applications formidables dans une série de domaines, des matériaux aux propriétés fabuleuses, hyper solides et hyper légers, des nano-robots qu’on injectera dans nos artères pour larguer des molécules hyper précises pile sur l’organe visé. Arcelor et l’Université de Liège entretiennent déjà des partenariats, en imaginant des aciers n’ayant jamais existé, mêlant l’inerte et le vivant... Mais le pire ? Si les nanos versaient dans le domaine militaire et policier ? Et si on nous injectait des nano-robots à notre insu, pour contrôler nos actes, répandre des dérivés de morphine base dans notre sang, inhiber notre volonté ? Les caméras de surveillance, c’est de la rigolade à côté : avec les nanos, les caméras seront en nous. Et rendues actives. C’est curieux, Minatec passionne l’Armée française... Mais non, je vois le mal partout ! On nous le garantit, c’est juré, les nanos vont sauver le Monde ! Ca vaut bien quelques nouvelles montagnes de pognon. Pourtant, si on décidait un moratoire ? Pendant quelques semaines, on arrêterait tout. Le bruit, les avions, les labos de recherche, tout. Pour réfléchir.

Xavier Deutsch

Ce texte d’un écrivain Belge , est paru dans le journal Belge "Le Soir" du 8 juin 2006. Il est reproduit avec l’autorisation de l’auteur dont vous pouvez visiter le site : http://www.xavierdeutsch.be