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vendredi 1er février 2019

Lettre ouverte au président du Conseil supérieur de la Santé à propos du déploiement de la 5G

 

Lettre ouverte au Conseil supérieur de la Santé.

Monsieur le président,

De longue date, je suis préoccupé par la problématique de la pollution électromagnétique et de ses conséquences sur le vivant, en particulier sur les êtres humains.
Dès 1994, j’ai été l’initiateur de la position prise par le parlement européen en faveur de l’application rigoureuse du principe de précaution à l’égard de l’exposition aux rayonnements électromagnétiques non ionisants, position réaffirmée par ce même parlement en 1998.

Je constate que, depuis quelques années, la littérature scientifique s’est enrichie de nombreuses publications confirmant les risques importants pour la santé humaine d’une exposition régulière à des rayonnements de micro-ondes pulsées en très basses fréquences. Et cela à des niveaux d’exposition très inférieures aux valeurs-limites légales et trop faibles pour provoquer le moindre échauffement des tissus.
Le postulat de l’innocuité des effets non thermiques est, à mon avis, ainsi définitivement invalidé !

Par ailleurs, le déploiement de la 5G, le réseau de télécom de cinquième génération, prévu dès cette année 2019 à Bruxelles, voué à être généralisé en Belgique, en Europe et dans le monde, implique une exposition accrue aux rayonnements de micro-ondes et, ce qui est plus préoccupant encore aux rayonnements dans la gamme des ondes millimétriques, à des niveaux élevés vu la prolifération des antennes nécessitée par cette technologie.

Les connaissances quant à l’impact des ondes millimétriques sont loin d’être suffisantes à ce jour pour soutenir que leur utilisation pour la 5G est dénuée de risques pour la santé humaine.

C’est dans cet esprit que de très nombreux spécialistes dont les compétences sont internationalement reconnues ont tiré la sonnette d’alarme dès 2017 et ensuite en 2018.
En septembre 2017, plus de 170 scientifiques et médecins de 37 pays ont exprimé leurs préoccupations sérieuses à propos de l’accroissement permanent et universel de l’exposition aux champs électromagnétiques par les technologies du sans-fil et demandé à l’Union européenne de suspendre tout déploiement de la 5G jusqu’à ce qu’il soit prouvé que cette technologie ne présente aucun danger pour la population européenne, particulièrement les nourrissons, les enfants, les femmes enceintes ainsi que pour l’environnement.

En avril 2018, l’International Society of Doctors for Environment (ISDE) a appelé à un même moratoire, en application du principe de précaution. Elle dénonce l’expérimentation, décidée au niveau européen, qui consiste à tester dans de nombreuses villes d’Europe (Bruxelles notamment) le réseau 5G à des fréquences supérieures à 6 GHz, avant l’introduction des fréquences typiques de la 5G, supérieures à 30 GHz ( ondes millimétriques).

A l’appui de cette demande, l’ISDE fait état de données scientifiques préliminaires relatives à une exposition à des rayonnements de fréquences supérieures à 30 GHz :
-  Altération de l’expression des gènes ;
-  Accroissement de la température de la peau ;
-  Altération des fonctions de la membrane cellulaire et des systèmes neuro-musculaires ;
-  Capacité de moduler la synthèse des protéines impliquées dans les processus inflammatoires et immunologiques entraînant la possibilité d’effets systémiques.
Enfin, très récemment, en fin d’année 2018, un appel international demandant l’arrêt du déploiement de la 5G sur terre et dans l’espace a été lancé à l’ONU, à l’OMS, à l’Union européenne, au Conseil de l’Europe et aux gouvernements de tous les pays sur le réseau Internet ( site www.5gspaceappeal.org) par des médecins, des scientifiques et des membres d’organisations environnementales demandant en urgence l’arrêt du déploiement du réseau 5G y compris depuis les satellites spatiaux.
Outre l’impact sur la santé humaine, les dommages graves causés aux bactéries et aux insectes sont évoqués dans leur argumentaire.

J’ai personnellement co-signé cet appel avec enthousiasme.
Je ne sais pas si le Conseil supérieur de la Santé a été interpellé par ces prises de position et s’il s’est penché sur la question.

Je me permets d’insister avec d’autant plus de force que des publications récentes (2018) apportent de nouvelles données qui alourdissent le dossier à charge quant à l’exposition permanente aux ondes millimétriques.

En septembre 2018, Neufeld et Kuster (1) attirent l’attention sur le fait que les dispositifs sans fil fonctionnant sur de larges bandes de fréquences, au –dessus de 10GHz, transmettent les données en salves de quelques millisecondes à quelques secondes. Bien que les valeurs de température et de densité de puissance restent dans les limites de sécurité acceptable en exposition continue, ces salves peuvent conduire à des pics de température dans la peau des personnes exposées. Il peut en résulter des dommages permanents aux tissus.

En février 2018, Betzalel et al. (2) ont démontré que les glandes sudoripares, qui ont une structure en hélice dans les couches supérieures de la peau peuvent agir comme antennes pour les ondes millimétriques. La conséquence est un accroissement significatif du taux d’absorption spécifique pour ces ondes.

Enfin, et toujours en 2018, Thielens et al.(3) font état de leurs travaux sur quatre populations d’insectes exposées à des rayonnements de fréquences allant de 2GHz à 120 GHz.
Tous les insectes ont montré une forte dépendance de la puissance absorbée selon la fréquence. Tous les insectes ont montré une augmentation générale de la puissance absorbée au-dessus de 6 GHz.
Ceci pourrait conduire à des changements du comportement, de la physiologie et de la morphologie des insectes au cours du temps.

Je pense que tous ces éléments sont suffisamment interpellants pour justifier un examen attentif du dossier par les spécialistes de votre institution et un appel à la prudence destiné aux responsables politiques.

L’Histoire de ces dernières décennies nous a appris qu’il est préférable pour la santé publique de s’interroger préalablement à la dissémination de technologies potentiellement dangereuses plutôt que d’en gérer les conséquences après coup.
J’ose espérer que vous serez sensible à mes arguments et vous prie d’accepter mes sincères salutations.

Paul Lannoye
Docteur en sciences physiques
Député européen honoraire
Président du Grappe

(1) Neufeld E, Kuster N., Systematic Derivation of safety Limits for Time-Varying 5G Radiofrequency Exposure Based on Analytical Models and Thermal Dose . Health Phys. 2018.
(2) Betzalel N et al, The human skin as a sub-THz receiver – Does 5G pose a danger to it or not ? Environ. Res. 2018
(3) Thielens et al., Exposure of insects to Radio-Frequency Electromagnetic fields from 2 to 120 GHz , Scientific Reports Volume 8, Article number 3924 , 2018 .