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vendredi 15 juin 2018
Edito Juin 2018

Le projet de décret concernant le déploiement des compteurs dits "intelligents" n’est pas plus acceptable que l’avant-projet.

 

En février dernier, nous avions dit pourquoi le déploiement généralisé des compteurs dits « intelligents » en Wallonie était à nos yeux un choix politique injustifié et inacceptable.

Le projet de décret qui sera soumis prochainement au parlement est différent de l’avant-projet mais il apparait que le changement ne réside ni dans l’objectif – généraliser le déploiement- ni dans les modalités techniques mais uniquement dans le calendrier.

1. En effet, dans un premier temps, il s’agit d’obliger à bref délai (avant le 1 janvier 2020) deux catégories de personnes à accepter un compteur « intelligent » :
-  Les personnes fragilisées, en difficulté de paiement, actuellement équipées d’un compteur à budget ;
-  Les personnes demandeuses d’un nouveau raccordement.

On ajoutera à ces deux catégories, ceux qui, heureux de pouvoir bénéficier chez eux d’un compteur « intelligent » en feront la demande et enfin ceux chez qui il faut remplacer l’ancien compteur stupide par un « intelligent ». On peut faire confiance au gestionnaire du réseau pour convaincre les plus crédules de la nécessité de ce remplacement.

2. Parallèlement, il s’agit d’équiper de compteurs « intelligents », avant le 31 décembre 2029, 80% des utilisateurs de réseau répondant aux caractéristiques suivantes :
-  Leur consommation annuelle est supérieure à 6000 kWh.
-  La puissance électrique nette de production est supérieure ou égale à 5kwe

A remarquer que les premiers sont de gros consommateurs puisque la consommation moyenne d’un ménage est de 3500 kWh/ an.

3. Enfin, le gouvernement se réserve le droit d’étendre la liste des utilisateurs visés ci-dessus, sur base du rapport annuel que la CWAPE devra publier chaque année sur le déploiement des compteurs « intelligents ». Avis à ceux parmi les précités qui ne seraient pas convaincus de « l’intelligence » du projet du gouvernement wallon : ils n’ont pas le choix car l’article 35§3 précise que «  nul ne peut s’opposer au placement d’un compteur intelligent ni en demander la suppression sous peine de ne pouvoir exercer son droit d’accès au réseau. »

La dictature technologiste se met en place pour notre bien !

4. Il est concédé une possible dérogation à cette obligation lorsqu’un utilisateur se déclare souffrant d’un problème d’intolérance lié au compteur intelligent et dûment objectivé !

Cette fausse concession aux personnes électrohypersensibles consiste en fait à exiger l’impossible : démontrer un lien de cause à effet que les autorités de santé refusent de prendre en considération ; l’électrohypersensibilité n’est en effet pas reconnue dans notre pays comme handicap dû à l’exposition aux ondes électromagnétiques.

Sur l’aspect « santé » en général.

On ne dispose pas de données crédibles sur les nuisances provoquées par le rayonnement électromagnétique provoqué par les courants porteurs en ligne (CPL) dans la gamme de 50 à 150 kHz utilisée par les compteurs communicants. Par ailleurs, l’installation de nombreux concentrateurs émetteurs dans la gamme GSM augmente l’electrosmog au voisinage des habitations. Ces éléments sont ignorés par le projet de décret.

Sur la protection de la vie privée.

On est prié d’accorder une confiance absolue au gestionnaire du réseau quant à l’utilisation des données personnelles que les compteurs communicants vont leur apporter. Le caractère obligatoire du déploiement est incompatible avec les caractéristiques intrinsèques du système.

Sur la vulnérabilité face au piratage.

Les experts internationaux en matière de cybersécurité ont dénoncé la grande vulnérabilité des compteurs communicants face au risque de piratage. Or, aucune disposition n’est prévue pour cyber-sécuriser les compteurs prétendument « intelligents ». Comme le précise la ligue des droits de l’Homme, dans un message récent aux députés bruxellois, il n’est pas prudent de déployer à grande échelle ce type de compteurs, tant qu’ils ne sont pas correctement cybersécurisés.

Sur l’insécurité des compteurs « intelligents »

La presse française fait état au cours de ces derniers mois de plusieurs cas d’incendie provoqués par les compteurs Linky (les mêmes qui devraient être déployés en Wallonie). On a même déploré un décès par asphyxie après un départ d’incendie en Meurthe et Moselle (7 mars 2018). Cet aspect de la problématique est passé sous silence par le gouvernement wallon et les gestionnaires de réseau.

Tous ces éléments convergent pour justifier le rejet du projet de décret.

Le déploiement des compteurs « intelligents » est un choix politique qui sert quasi exclusivement des intérêts industriels (ESMIG). Ses avantages sociétaux sont très discutables et la référence à la transition énergétique est un paravent trompeur qui masque le caractère intrusif, dangereux et problématique pour la santé du compteur communicant.

Le compteur communicant place le citoyen usager sous le contrôle et la surveillance du gestionnaire du réseau. Rien qu’à ce titre, il est intolérable.

Paul Lannoye


Exposé de P. Lannoye à Liège
Dossier sur le déploiement des compteurs communicants