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vendredi 27 février 2004 par Grappe
Texte fondateur du GRAPPE

Manifeste pour servir l’Ecologie politique

 

L’Ecologie politique est malmenée aujourd’hui. Tout le monde en conviendra. Mais cela signifie-t-il qu’elle n’a aucun avenir ? Certainement pas. Elle reste le seul projet novateur et démocratique à même de rencontrer les défis majeurs auxquels se trouvent confrontées les sociétés occidentales, mais également l’ensemble de l’économie mondiale. Au-delà des échecs, que faire pour convaincre de la nécessité d’un changement de société ?

Un groupe de militants écologistes, qui s’est constitué sous le nom de Grappe, s’est penché sur cette question fondamentale et vous livre aujourd’hui sa réflexion. Il rappelle les fondements de l’Ecologie politique et propose les pistes qu’il estime les plus adaptées aujourd’hui à l’action politique. Ce texte, Grappe le porte comme un espoir, une contribution à la relance de l’Ecologie politique.

Mais déjà, il a entamé d’autres chantiers. En effet, si l’étape d’aujourd’hui est indispensable et nécessaire, elle ne constitue pas une fin en soi. Aujourd’hui, nous entendons nous déterminer en réaffirmant les bases incontournables qui fondent une action écologique. Demain, il s’agira, dans le dialogue et l’ouverture, de mettre en œuvre une éthique de la responsabilité, c’est-à-dire les bases du comment faire. Nous comptons également participer à ce travail.

Le Groupe de Réflexion et d’Action Pour une Politique Ecologique (GRAPPE)

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Introduction

L’Ecologie politique est le seul projet novateur et démocratique, à même de rencontrer les défis énormes devant lesquels se trouvent les sociétés occidentales et au-delà toute l’économie mondiale. Même accommodée avec les restes de la social-démocratie, une société compétitive et productiviste, jusque dans des domaines réservés aux relations humaines, n’est pas en mesure d’offrir durablement une vie décente chez nous et ailleurs, voire tout simplement un avenir à tous ceux qu’elle exclut et place en situation de dépendance.

Parce qu’elle implique une production et une répartition équilibrées, seule l’Ecologie politique présente une voie à une pensée et une action de transformation dignes de ce nom.

Pourtant, partout, l’Ecologie politique subit une tentative d’absorption de son projet et de ses valeurs par l’ensemble des partis "traditionnels". A telle enseigne que ceux-ci semblent parfois porter et obtenir un certain nombre de résultats plus verts que les Verts eux-mêmes !

Mais en imposant leur culture du gouvernement, en dénaturant et en vidant de leur substance les concepts fondateurs de l’Ecologie politique, les partis traditionnels empêchent tout changement structurel pour ne s’attarder qu’à un "lifting" de surface.

Fondamentalement, ils ne font que reproduire du même. Les mesurettes qu’ils mettent en avant ne visent en réalité qu’à s’approprier une partie de l’électorat sensible au diagnostic établi par les porteurs de l’Ecologie politique.

L’Ecologie politique survivra parce que l’histoire des vingt dernières années s’est accélérée pour confirmer la nécessité d’une force politique écologiste crédible et pour confirmer l’erreur des solutions avancées en Europe et ailleurs : la relance de l’offre et le recul de la redistribution ne sont pas à même de rencontrer ni les espérances légitimes des populations ni les défis planétaires auxquels nous sommes exposés. Ni la social-démocratie qui abandonne la redistribution, ni le libéralisme qui favorise les concentrations ne constituent une réponse politique satisfaisante. Nous ne devons donc pas nous mettre dans leur sillage.

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Pourquoi ?

Au Nord comme au Sud de la planète, les problèmes concrets indiquent tous une dégradation grave du milieu et des conditions de vie mais aussi la montée de risques majeurs pour l’environnement humain, et donc plus particulièrement pour les humains les plus fragiles. Le problème n’est plus une prise de conscience de cette situation, il est la mise en place d’attitudes collectives crédibles pour y faire face.

Les formations gouvernementales qui sont ensemble au pouvoir dans notre pays veulent une bipolarisation définitive de la vie politique. Le moment est donc favorable pour envisager vraiment une action politique qui fait de l’Ecologie un point de l’axe de référence, différent de l’axe gauche-droite, un point sur lequel on peut se battre pour créer des modalités, des conditions de réussite.

Il est nécessaire de présenter un projet politique qui dépasse les intérêts immédiats ou catégoriels du système économique ou de ses composantes même si au plan culturel, cela demande une mobilisation dans un contexte où tout pousse à la croyance au bonheur par la marchandise et à la réussite par la compétition ou le productivisme.

Dans des sociétés dé-moralisées, le projet écologiste donne du sens grâce à une lecture exigeante des faits, non par acharnement, mais par réalisme bien compris. Il dit les pistes pour en sortir, sans dogmatisme mais avec fermeté. Il est donc totalement différent de la politique qui consiste à ne communiquer que ce qui est a priori acceptable par le plus grand nombre.

Quels sont les enjeux ? Et sur quoi placer notre action ?

L’économie mondiale s’est bâtie sur une utilisation effrénée des ressources fossiles. Les limites physiques de ce type de développement sont en voie d’être atteintes. Les limites écologiques sont quant à elles d’ores et déjà franchies. La filière nucléaire n’est en aucun cas une alternative, eu égard notamment aux problèmes écologiques et politiques majeurs qu’elle entraîne. A moins d’accepter plusieurs décennies de compétition de plus en plus meurtrière pour la maîtrise des dernières ressources fossiles, la reconversion vers une économie basée sur le solaire, les autres énergies alternatives et les économies d’énergie est incontournable. Cette action est d’autant plus urgente que les données relatives à l’évolution du climat sont alarmantes. L’attention aux générations futures est une donnée politique majeure, au moment où l’on a tendance à financer tout et n’importe quoi au détriment des équilibres futurs.

L’Ecologie politique est née de la critique de l’idéologie de la croissance industrialiste et du déploiement de technologies à haut risque comme le nucléaire. Le phénomène d’irruption de nouvelles technologies dont l’impact potentiel sur les écosystèmes, la santé humaine, les équilibres planétaires, les libertés individuelles et le fonctionnement démocratique est énorme, ne s’est pas ralenti depuis les années ’60. Aujourd’hui, sans débat et sans évaluation d’impact préalable, les nanotechnologies et les manipulations génétiques appliquées à l’être humain font l’objet de budgets recherche-développement importants et de premières applications concrètes. Elles sont pourtant lourdes de menaces pour la Société et pour l’Homme lui-même. Le mouvement écologiste se doit de mettre en débat les enjeux que les nouvelles technologies représentent.

Les produits issus de l’agriculture ne peuvent être réduits à l’état de simples marchandises commercialisables. De même, l’agriculture n’est pas seulement une activité économique, étant donné qu’elle a pour fonction essentielle de subvenir à un besoin et un droit fondamental de l’homme, celui de se nourrir. Les dimensions écologique, sociale et culturelle de l’agriculture sont telles qu’une nouvelle vision de la politique agricole s’impose pour la rendre compatible avec l’objectif de durabilité et permettre à chaque peuple de se nourrir.

Pour que l’écologie politique dispose du poids qu’elle mérite sur la scène politique, elle a besoin d’un mouvement qui la porte de manière cohérente. Ce n’est pas simple quand la désaffection à l’égard du politique s’accroît dans la population ; celle-ci se manifeste notamment par la chute du taux de participation électorale, le vote de protestation vers des formations sans projets mais aussi par la chute du militantisme au sein des formations politiques, y compris au sein d’Ecolo.

La réponse ne peut être seulement dans la stigmatisation de l’extrême droite et encore moins dans un comportement paternaliste voire méprisant à l’égard des associations (supposées manquer de réalisme !). Il faut bien constater que ce qui importe le plus, dans le chef des appareils politiques, c’est non pas d’agir avec une vision d’avenir mais bien de donner l’illusion de l’action. Si on veut changer la politique, il faut aussi changer le politique. Lorsque l’objectif se limite à paraître et à séduire par des pratiques usuelles de marketing, la démocratie est pervertie ; elle n’est plus qu’un leurre.

Les partis politiques démocratiques, ou prétendus tels, ont pour devoir de proposer de nouveaux mécanismes de participation aux citoyens et aux associations, et surtout, de renoncer à des pratiques montrant un mépris total pour les citoyens : cumuls de mandats, présentation aux suffrages alors qu’existent des accords préalables pour ne pas siéger, zapping en matière de mandats, dévoiement des collaborateurs ou des fonctionnaires, recours systématique aux experts pour éviter d’assumer la responsabilité d’une décision.

L’avancée de l’Ecologie politique dépend fortement du renforcement du politique et de ses outils. Il faut, pour assurer cela, des institutions sociales et publiques correctement orientées, fonctionnant clairement dans l’objectif assigné.

Il ne suffit pas de se dire de gauche pour en terminer avec la question sociale. La course au bonheur perpétuel par la possession de biens expose une frange importante des populations à n’être que spectatrice au Nord comme au Sud. Dans la question sociale, l’Ecologie politique n’apporte pas un plus comme un nouveau sous-produit de la politique productiviste. Elle entend asseoir une solidarité solide en portant attention tant aux conditions de vie qu’au niveau de vie.

Pour l’Ecologie politique, cette nouvelle solidarité doit viser la réduction de tensions sur 3 dimensions intimement liées

- Ici et maintenant entre les riches et les pauvres ;
- Ici et ailleurs entre les populations du Nord et celles du Sud ;
- Aujourd’hui et demain en tenant compte des générations à venir.

Elle ne peut donc se satisfaire d’une action qui favoriserait l’une au détriment d’une autre. C’est cette grille d’analyse qui doit alimenter le travail politique.

On comprendra dès lors que le message de l’Ecologie politique et les actions qui doivent suivre ne trouveront une place crédible chez les électeurs que s’ils sont portés dans un mouvement entretenant sans relâche le fond politique qui lui sert d’assise.

Cette exigence est à produire et à disséminer dans une société qui choisit la facilité de la communication au détriment du fond et au mépris de l’intelligence humaine et de la culture. L’abêtissement est devenu comme un produit médiatique de base. Cette tendance se constate dans la propagation de produits culturels en kit et dans une information sous contrôle, qui perd tout sens de l’histoire et tout jugement critique ou impertinent. Dans ce contexte, le rétablissement d’une éducation simplement digne est un enjeu de taille.

Pour conclure :

Les enjeux ne manquent pas. Ceux que nous avons présentés ici nous paraissent prioritaires et déterminent clairement, nous semble-t-il, l’espace politique qu’il nous faut d’abord investir si l’on souhaite inscrire ce projet dans une ligne à même d’être identifiée et portée avec vigueur et fierté sur du moyen voire du long terme.

Dans l’Europe entière, le choix écologiste est jugé primordial par une tranche non négligeable de la population. Beaucoup de choses restent à faire pour qu’il remplace les optiques passéistes. Les bases existent.A nous de créer la cohérence à même de les rendre plus lisibles et plus accessibles à un plus grand nombre de personnes sans les dévoyer.

Signataires :

Marie-Rose Cavalier ; Martine Dardenne ; Ann-Mary Francken ; Michèle Gilkinet ; Didier Vanden heede ; Paul Lambert ; Paul Lannoye ; Pierre Stein ; Inès Trépant ; Georges Trussart ; Jean-Marc Van Nypelseer ;