Constatant l’état très préoccupant de la planète, une bonne centaine de citoyens ont décidé d’adresser aux parlementaires fédéraux la lettre ouverte que vous trouverez en annexe. Ils y présentent leur analyse ainsi que les conclusions et propositions politiques qu’ils en tirent. Ils espèrent que celles-ci retiendront l’attention et alimenteront la réflexion à un moment clef pour la Belgique.
Elections 2010 : lettre ouverte aux parlementaires belges
Madame, Monsieur
Ce 13 juin vous avez été élu ou réélu au parlement fédéral dans un contexte de crise communautaire particulièrement crispé au point que les élections ont dû une nouvelle fois être anticipées.
Le résultat est maintenant connu et donne ce que nous en pensions : il ne fait aucun doute qu’une grande réforme institutionnelle sera négociée dans les prochaines semaines. Cette réforme est d’ailleurs inévitable et nécessaire depuis plusieurs années. Mais cette réforme sera encore plus compliquée à réaliser qu’avant les élections. En effet, le résultat électoral ne va pas faciliter les négociations tant le fil entre différentes visions institutionnelles s’est tendu entre le Nord et le Sud de la Belgique ; tant aussi sur le plan politique, une partie de l’électorat du Nord et du Sud a avancé dans des directions différentes. Une partie, car ce que nous retenons également de ces élections, c’est que globalement les partis traditionnels ont perdu une partie significative de leur électorat au profit (si on peut parler de profit) d’un absentéisme important (le plus haut depuis 35 ans), de votes nuls ou blancs ou d’un vote important en faveur des petites listes. L’ensemble de ces éléments nous fait dire que le malaise grandit entre les citoyens et le monde politique à un moment pourtant crucial, non seulement pour notre pays mais aussi pour l’humanité entière.
En effet, si l’on sort du nombrilisme belgo belge et que l’on regarde attentivement l’état de notre planète, nous ne pouvons que constater que celui-ci est très préoccupant pour ne pas dire plus et que plus on tardera à prendre la mesure du changement qui nous attend (qu’on le veuille ou non) plus on perdra le contrôle des événements et la possibilité de mettre en place des politiques solidaires et équitables.
S’il y a bien une chose dont nous sommes certains, c’est qu’un changement de paradigme, de modèle, autrement dit de cap s’impose à nous. Aujourd’hui, nous sommes à la veille d’une transformation aussi, si pas plus, radicale que celle qui s’est passée à la fin du Moyen-âge ou de la Renaissance. Si pas plus, parce que cette fois le changement de cap nécessaire implique la planète entière.
Les équilibres sont rompus ou en voie de se rompre définitivement. D’abord les équilibres écologiques sans lesquels aucune vie n’est possible sur terre. Ensuite, mais pas seulement, les équilibres sociaux et géopolitiques. Où que l’on regarde les choses, les brèches sont immenses. De plus en plus d’observateurs s’accordent pour penser, à contrario du passé, que notre mode de vie occidental ne pourra pas être étendu à la planète entière et constituer les piliers d’une société globale heureuse et solidaire. Il ne le pourra pas parce que tout simplement il est impossible. Les limites planétaires ne le permettent pas. Les limites humaines sont largement dépassées et les équilibres géopolitiques sont globalement inexistants : ils ne servent que les populations les mieux nanties et risquent bien de ne pas résister aux pressions grandissantes qui entourent et entoureront l’accès aux matières premières et aux énergies fossiles comme le pétrole notamment.
L’utopie n’est donc pas de croire que l’avènement d’un autre monde est nécessaire. L’utopie est de croire que l’on pourra continuer longtemps encore sur les mêmes bases qu’aujourd’hui
La priorité dans le cadre de cette grande réforme institutionnelle qui nous attend ne doit donc pas être de modifier notre constitution pour pouvoir poursuivre un peu plus longtemps un modèle dépassé mais bien de le faire afin de nous doter des outils et des dynamiques solidaires à même de nous permettre d’entrer sereinement, solidairement et consciemment dans le nouveau monde qui s’annonce.
Pour comprendre ce qui est en train de se passer, il importe de s’attarder un instant sur la dynamique qui sous-tend la crise actuelle. Nos sociétés dites « développées » sont organisées autour du principe économique de « la croissance ». Celle-ci serait à la fois la condition et le moyen de créer de la richesse dont les retombées profiteraient à tous. Dans cette logique, il est bien évidemment nécessaire d’accroître les capacités de production de biens et de service, ce que les travailleurs sont sommés d’assumer. Il faut également s’assurer que ces produits soient consommés rapidement. On soumet donc les consommateurs à un matraquage publicitaire permanent.
Après un demi-siècle de cette croissance économique accélérée, où en sommes-nous ? Si les 30 glorieuses ont assurément permis l’amélioration du confort matériel d’une bonne partie de la population occidentale, elles ont aussi laissé une frange non négligeable d’entre nous dans une situation désastreuse et entraîné « le reste du monde » dans un état de précarité croissant. Dans le même temps, on peut constater que le chômage n’a pas disparu, que le travail devient toujours plus éprouvant et vide de sens, que la répartition des richesses est de plus en plus inéquitable et que l’état de la planète se dégrade dangereusement. On ne produit pas et ne consomme pas en fonction de besoins réels en tenant compte du caractère limité des ressources naturelles et avec un dessein de justice sociale, mais en fonction de potentialités spéculatives dont tire profit une infime minorité sans soucis notamment des générations futures. Cette croissance, dans la réalité, se fait chaque jour socialement et écologiquement plus ravageuse car elle n’est pas tenable.
Le dogme de la croissance repose en effet tout entier sur un oubli gros comme un monde : pour produire les biens et services que la manipulation publicitaire nous pousse à consommer, il faut de la matière et de l’énergie. Or, l’homme ne peut pas créer de matière ni d’énergie. Il ne peut que transformer les ressources terrestres pour les rendre utiles à son usage. Ce faisant, il génère des pollutions qu’il a tout intérêt à maîtriser (ce qu’il ne fait guère aujourd’hui) s’il ne veut pas en subir les conséquences dramatiques.
D’un point de vue matériel, le processus économique fonctionne donc comme une gargantuesque machine qui consume les ressources et les transforme en pollution. À la sortie de cette machine, du côté des pollutions, on observe une saturation dont le bouleversement climatique est l’une des dimensions les plus graves. À son entrée, il y a désormais une pénurie. Il se trouve en effet qu’aujourd’hui, la principale ressource d’énergie utilisée par la machinerie économique commence à manquer : le pic du pétrole est imminent voire déjà franchi. Jusqu’ici, le pétrole était peu cher car facilement accessible et en quantité suffisante, mais le pétrole est un stock qui ne se renouvelle pas à l’échelle du temps humain. Au niveau mondial, l’offre de pétrole devient insuffisante, d’autant plus que des pays géants comme le Brésil, la Chine et l’Inde veulent à leur tour en consommer comme l’occident le fait depuis la dernière guerre. L’ère de l’énergie peu chère est derrière nous. Fluctuations spéculatives et ajustements conjoncturels mis à part, le prix du pétrole va donc continuer à augmenter pour atteindre des niveaux inconnus jusque-ici. Or, avec un prix du baril de plusieurs centaines de dollars, c’est tout le système économique qui va flancher, car le pétrole qui est en quelque sorte le sang de la croissance ne vient plus l’irriguer suffisamment. Le pic du pétrole rend la poursuite de « la croissance » impossible puisque qu’il casse ou du moins entrave fortement la boucle production/consommation. Les travaux de l’ASPO Belgique sont à cet égard édifiants.
Chez nous aussi, bien évidemment, le pic du pétrole aura des conséquences. Non seulement le coût du transport des matières premières et des produits va exploser mais encore bon nombre d’entreprises pétrochimiques ou liées de près ou de loin à ce secteur totalement dépendant du pétrole vont être mises à mal comme l’est déjà aujourd’hui le secteur de l’automobile. Que fera la Flandre à ce moment là ?
Vous pouvez d’ailleurs déjà le constater comme nous : déjà, « la croissance » s’est essoufflée et déjà la récession s’étale chez nous aussi sans qu’on sache bien quoi faire pour en sortir.
Ailleurs dans le monde, on le voit clairement : le nombre de personnes qui ne mangent pas à leur faim, qui n’ont pas accès à de l’eau potable, à l’éducation, à la santé ... augmente dramatiquement. Notre hyper croissance, insatiable, dévoreuse de moyens financiers, n’a rien arrangé malgré les déclarations. En réalité, comme nous l’avons montré, c’est parce qu’elle est le problème et non la solution.
Des civilisations prestigieuses sont mortes avant nous et elles le sont parce qu’elles n’ont pas su ou voulu, au moment opportun, adopter les changements radicaux qui étaient nécessaires dans leur évolution. Nous avons aujourd’hui l’intelligence et la compréhension des phénomènes et de leurs conséquences. Nous ne pouvons prétendre à l’excuse de l’ignorance. Il est encore temps d’agir, mais le temps presse de plus en plus.
Le travail qui va s’entamer en Belgique à l’occasion des débats institutionnels peut donc être une chance pour faire entendre et dégager une nouvelle voie à la hauteur des véritables enjeux, une voie qui remet fondamentalement en cause la culture de consommation et la logique de croissance qui la sous-tend. Une voie qui affirme et qui montre qu’une non-consommation peut être socialement et écologiquement préférable à une consommation.
Dans ce cadre, il nous parait important d’indiquer un certain nombre de directions politiques importantes :
Au niveau belge
Une plus grande autonomie des Régions doit être établie dans un objectif de résilience écologique et donc en vue de permettre aux écosystèmes dont nous dépendons tous de récupérer un fonctionnement normal. Elle doit nous permettre d’amorcer la grande mutation économique et politique qui nous attend de l’ère du pétrole vers celle du renouvelable, de la mondialisation vers la localisation, de la dépendance alimentaire et énergétique vers l’autonomie, du tout à jeter vers le réparable et le recyclable, …
Le nouveau système politique à mettre en place doit permettre une plus grande participation citoyenne et donc viser une démocratie participative.
Au niveau belge et international
Il est important de faire émerger un nouveau contrat social, fondement tant de la solidarité entre les citoyens que de la justice sociale dans le respect des diversités, ainsi qu’une nouvelle Déclaration Universelle qui fonde le Bien commun de l’humanité.
La Belgique va assurer à partir du 1er juillet la présidence de l’Union européenne. Parallèlement aux négociations qu’elle mènera en son sein, elle a donc là une opportunité de montrer comme par le passé qu’elle est capable de dépasser les crises qu’elle rencontre en tenant compte de l’espace mondial dans lequel elle s’inscrit et des nouveaux enjeux.
Certes le travail à réaliser est immense mais les discussions qui vont se dérouler chez nous peuvent être une chance pour entamer les débats de fond sous-jacents à la profonde transformation sociétale qui nous attend que nous le voulions ou non.
Dans l’espoir que notre appel sera entendu, en restant à votre disposition pour tout échange ou toute information complémentaire et avec toute notre conviction
Signataires :
1. Alain Adriaens, ancien député bruxellois, Vice-président honoraire du Parlement francophone bruxellois 2. Aimee Badoux, administratrice du Grappe et membre du mouvement politique des Objecteurs de Croissance 3. Suzanne Bastin, infirmière retraitée 4. Geneviève Bernard, traductrice 5. Nicolas Blanchart, étudiant 6. Marc Blasband, pensionné 7. Adriano Boremanse, doctorant à l’UCL 8. Yves Bourgois 9. Marie-Rose Cavalier, ex députée wallonne, initiatrice de la liste OSER (relocalisation de l’économie) et d’Initiative Citoyenne (collectif grippe AH1N1), membre du Grappe. 10. Liévin Chemin, employé de bureau et citoyen engagé 11. Jacques Chevalier, délégué syndical CGSP-AdMi CPAS de Liège 12. Cyrille Claeys Bouuaert, chômeur 13. Jean-Pierre L. Collignon, journaliste et chroniqueur 14. Daniel Comblin, administrateur du Grappe, ingénieur 15. Damien Compère, ingénieur civil architecte, membre du Grappe 16. Noëlle Cornelis, Enseignante, objectrice de croissance 17. Jean Cornil, ancien Sénateur et ancien Député fédéral 18. Stefan Cristel, Travailleur social 19. Hugues Croibien, instituteur et objecteur de croissance 20. Carole Debatty, enseignante 21. Michel De Greift, Médecin 22. José Dellis, pensionnée 23. Réginald de Potesta de Waleffe, objecteur de croissance 24. Cécile de Ryckel, psychologue, militante action humanitaire, Rwanda 25. Marc De Spiegeleer, informaticien et Objecteur de croissance 26. Marie-Anne Dethier, logopède 27. Marie Doutrepont, avocat, membre du GRAAAV 28. Guy Dutron – co-porte-parole du RESEDA – membre de la FASE, France 29. Pierre Dutron - Rassemblement Populaire Wallon et RESEDA 30. Martine Dardenne, Sénatrice honoraire, administratrice du Grappe et Objectrice de croissance 31. Emeline De Bouver, doctorante à l’Université Catholique de Louvain 32. Louise Ducamp, animatrice socioculturelle, membre des Objecteurs de croissance 33. Jules Ernoux, militant CSC pensionné 34. Pierre Eyben, chercheur et militant éco-communiste 35. Sarah Fautré, co-animatrice de l’émission "objecteurs de croissance" (Radio Panik/ Bruxelles) 36. Audrey François, Graphiste / formatrice PAO 37. Mathilde Fourny, altermondialiste et anticapitaliste 38. Ezio Gandin : chercheur en R&D et simplicitaire 39. Françoise Gilboux, membre du Grappe et Objectrice de croissance 40. Dominique Gilkinet, institutrice, animatrice en relations humaines, 510 Floreffe 41. Michèle Gilkinet, présidente du Grappe et Objectrice de croissance 42. Jean-Christophe Godart, Objecteur de croissance 43. Jean-François Gonsette militant PC Wallonie-Bruxelles 44. Bruno Goffart, sympathisant actif au réseau des objecteurs de croissance 45. Nadia Hartert, présidente asbl Vigilance Responsabilité Santé 46. Magali Henno, enseignante 47. Alain Henrion, retraité 48. Roland Hinnion, Mathématicien, Objecteur de croissance 49. Jean-Luc Hornick, Agrégé de Faculté 50. Michèle Jacques, Malonne 51. Joëlle Jadoul, selliste 52. Hélène Lacheret – co-porte-parole du RESEDA - France 53. Paul Lambert, retraité 54. Françoise Lambot, Chef de travaux ULg 55. Paul Lannoye, Député européen honoraire, administrateur du Grappe et Objecteur de croissance 56. Renaud Laverdure, Architecte, membre du mouvement politique des Objecteurs de Croissance (mpOC) 57. Francis Leboutte, ingénieur civil, objecteur de croissance 58. Bernard Legros, essayiste et membre du mouvement politique des Objecteurs de Croissance 59. Guy Lens, Enseignant à la retraite. 60. Laurent Lens, Carrossier 61. Brigitte Léonet 62. Michel Lepesant – Mouvement des Objecteurs de Croissance - France 63. Roland Libois, Dr en Sciences (zoologie), Professeur à l’U.Lg. 64. Jean Liénard, Membre fondateur des Amis de la Terre Belgique février 1976, Membre fondateur ECOLO mars 1980 65. Laurent Lievens, chercheur en Sciences Politiques et sociales 66. Albert Mabille, échevin 67. Wendy Malpoix 68. Brigitte Marchal, Infirmière, simplicitaire et Objectrice de croissance 69. Monique Marchal, Braine-le-Château 70. Dominique Masset, Fexhe-le-haut-Clocher 71. Sylviane Mergelsberg, membre de l’équipe de coordination du mouvement politique des Objecteurs de Croissance 72. Fabienne Neuwels, membre du groupe local des objecteurs de croissance de Louvain-la-Neuve 73. Oemkens David, étudiant en sciences du travail à l’ULB 74. Oemkens Eddy, Ingénieur civil 75. Christine Pagnoulle, enseignante à l’Université de Liège 76. Brigitte Petit, directrice d’une compagnie de théâtre 77. Nancy Petitjean retraitée de l’enseignement 78. Jean-Luc Piraux, comédien 79. Jules Piraux, étudiant, bénévole Oxfam, citoyen engagé pour un monde meilleur ! 80. François Piret, Docteur en Chimie 81. Madeleine Ploumhans, enseignante retraitée, membre du CADTM 82. Eline Pont, étudiante en psychologie et anthropologie, UCL 83. Françoise Portugaels 84. Richard Ramaekers - Rassemblement Populaire Wallon et RESEDA 85. Réginald Ratz, ir, cycliste quotidien, membre du mpOC 86. Joëlle Ricour 87. Pascal Riga, agent postal, Waremme 88. Aurore Roland, Psychologue 89. Jean-Luc Roussel, employé, Objecteur de croissance 90. Geneviève Sabathé – co-porte-parole du RESEDA – membre de la FASE – France 91. Etienne Saintelet, formateur Forem 92. Véronique Servais, Prof. en Anthropologie de la Communication à l’Université de Liège 93. Michael Singleton, Professeur Émérite de l’UCL 94. Samuel Sonck, étudiant (ingénieur civil et économie) 95. Christophe Szostak, animateur nature, membre effectif du groupe local du mpOC de Liège 96. Pierre Stein, professeur ISJB, secrétaire du Grappe et Objecteur de croissance 97. André Sterckx, ingénieur civil 98. Christine Sterckx 99. Michel Thirion - Retraité et consultant - Objecteur de croissance 100. Gilles Thoumsin, mpOC GL LLN 101. Janine Tits, Pharmacien Hospitalier 102. Viviane Tits, Angleur 103. Inès Trépant, membre du bureau élargi de Grappe, objecteur de croissance 104. Georges Trussart, membre du Bureau élargi du Grappe et Objecteur de croissance 105. Alain van Crugten, écrivain, professeur émérite ULB 106. Viviane Vandormael, enseignante, 107. Sonia Van Geet, enseignante 108. Koen Vanhaegendoren, Chargé de cours, Faculté de Philosophie et Lettres, Université de Liège 109. Eddie Van Hassel, professeur de mathématiques, membre du mpOC (mouvement politique des Objecteurs de Croissance). 110. Cécile Vincent, indépendante 111. Eléonore Visart de Bocarmé 112. Pierre Visart de Bocarmé 113. Fanny Vermeylen, étudiante 114. Bernadette Wauquier, infirmière sociale retraitée 115. Michel Weber, philosophe 116. Jean Pierre Wilmotte, membre de l’équipe de coordination du mouvement politique des Objecteurs de Croissance. 117. Paul Ziwny, enseignant pré-retraité