Edito Avril
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Avril 2006, un mois particulier pour les écologistes ?

samedi 1er avril 2006
 

Faites-vous la même constatation que nous ?

Au mois d’avril s’exprimeront dans la rue, sur les places, un peu partout dans le monde, bon nombre d’évènements significatifs pour les écologistes.

Nous en citons quelques-uns :

-  Le 8 avril : journée internationale d’opposition collective aux OGM
-  Le 22 avril : 35ème journée mondiale de la terre
-  Le 26 avril : journée commémorative du terrible accident nucléaire de Tchernobyl, sans oublier les nombreux appels autour et alentour.
-  Dernière semaine d’avril : une semaine sans télé

A ces occasions beaucoup d’entre-nous auront l’occasion de se retrouver de visu, de repenser aux fondements qui nous lient et d’échanger avec d’autres venus nous rejoindre sur des combats particuliers.

Ces combats ne sont pas symboliques. Ils s’ancrent dans la réalité et montrent à souhait combien une nouvelle approche sociétale globale est essentielle. A l’heure où les atteintes à la planète s’emballent, ils revêtent même une acuité renforcée. Ils sont significatifs et réclament une mobilisation maximale.

Aujourd’hui, les OGM sont une menace réelle pour notre alimentation et notre environnement.

La contamination génétique de nos cultures est, de par la nature des lois qui orchestrent le vivant, l’aboutissement inévitable et irréversible de la co-habitation envisagée aujourd’hui par un projet d’Arrêté à l’étude en Wallonie et en Flandre afin d’organiser la coexistence des cultures génétiquement modifiées et de l’agriculture conventionnelle et biologique. Les OGM n’apportent aucune solution durable à l’agriculture. Ils ne constituent pas une solution, comme d’aucun le laisse croire, à l’alimentation des peuples de la terre. Bien pire, du fait de leur brevetage, les OGM sont une machine à vassaliser le monde agricole. On peut affirmer, comme le dit le titre d’un article paru dans « Le monde diplomatique » qu’ils sont « une arme contre les paysans ». Accepter les OGM, c’est accepter que le devenir de notre agriculture, de notre alimentation, passe entre les mains de quelques firmes mondiales. L’interdiction pure et simple des OGM est la seule manière de préserver nos filières agricoles. Elle participe du combat contre le néolibéralisme.

Pour freiner les changements climatiques et la hausse du prix du pétrole, le lobby nucléaire tente à nouveau de faire passer le nucléaire comme étant LA solution. Rien n’est moins vrai. Le nucléaire est un problème, pas une solution.

L’énergie nucléaire, en effet, est trop chère, trop dangereuse et inacceptable d’un point de vue social. On oublie généralement de dire que l’ensemble de la filière nucléaire produit elle aussi des quantités non négligeables de CO2. Les plaidoyers pro-nucléaires minimisent l’accident de Tchernobyl. Pourtant, comme nous le commémorerons le 17 avril avec « La diagonale de Tchernobyl », il y a 20 ans 600.000 jeunes gens de l’ex -union soviétique furent envoyés sur le lieu de la catastrophe afin d’essayer d’éteindre l’incendie, de colmater les brèches et de construire vaille que vaille « le sarcophage » qui allait empêcher l’Europe de connaître une contamination radioactive sans précédent et une catastrophe gravissime. Aujourd’hui, 20 ans plus tard, la plupart de ces jeunes gens sont morts ou très gravement atteints des suites de l’exposition radioactive à laquelle ils furent soumis. De larges étendues de territoire en Biélorussie surtout, mais aussi en Ukraine, en Russie et ailleurs en Europe, sont encore à ce jour fortement contaminées par la radioactivité au point que les produits animaux qui en sont originaires restent impropres à la consommation, de l’aveu même de la Commission européenne. Les cancers de la thyroïde -rarissimes chez les enfants- se comptent par milliers chez les enfants résidant sur les territoires les plus contaminés. Dire non au nucléaire est donc bien une responsabilité politique majeure que nous devons porter ensemble notamment pour les générations à venir.

Même accommodée avec les restes de la social-démocratie, une société compétitive et productiviste, jusque dans des domaines réservés aux relations humaines, n’est pas en mesure d’offrir durablement une vie décente chez nous et ailleurs, voire tout simplement un avenir à tous ceux qu’elle exclut et place en situation de dépendance.

Au Nord comme au Sud de la planète, les problèmes concrets indiquent tous une dégradation grave du milieu et des conditions de vie mais aussi la montée de risques majeurs pour l’environnement humain, et donc plus particulièrement pour les humains les plus fragiles. Le problème n’est plus une prise de conscience de cette situation, il est la mise en place d’attitudes collectives crédibles pour y faire face.

Il est nécessaire de présenter un projet politique qui dépasse les intérêts immédiats ou catégoriels du système économique ou de ses composantes même si au plan culturel, cela demande une mobilisation dans un contexte où tout pousse à la croyance au bonheur par la marchandise et à la réussite par la compétition ou le productivisme.

Il ne suffit donc pas de se dire de gauche pour en terminer avec la question sociale. La course au bonheur perpétuel par la possession de biens expose une frange de plus en plus importante des populations à n’être que spectatrice au Nord comme au Sud.

Il importe de porter un projet qui assoie une nouvelle solidarité, plus solide que celle basée sur le productivisme et le consumérisme, en portant attention tant aux conditions de vie qu’au niveau de vie.

Cette nouvelle solidarité doit viser la réduction de tensions sur trois dimensions intimement liées

o Ici et maintenant entre les riches et les pauvres. o Ici et ailleurs entre les populations du Nord et celles du Sud. o Aujourd’hui et demain en tenant compte des générations à venir.

Elle ne peut se satisfaire d’une action qui favoriserait l’une au détriment d’une autre. C’est cette grille d’analyse qui doit alimenter le travail politique.

On le voit : tant la commémoration de l’accident de Tchernobyl et la mobilisation contre le lobby nucléaire que l’opposition collective aux OGM participent de cette réflexion tant ils s’ancrent dans la réalité et montrent combien une nouvelle approche sociétale globale est essentielle. Il en va de même avec l’action « semaine sans télé » car elle nous permet de prendre le recul nécessaire pour nous désenclaver d’une société hyper consumériste qui va dans le mur et qui n’offre aucune réponse crédible aux préoccupations qui sont les nôtres.

Ces événements permettront, nous l’espérons, aux citoyens de différentes origines de redire les fondements qui les lient et de partager un chemin commun.

Au plaisir de vous y retrouver et plus particulièrement le 8 avril après-midi, place de la monnaie à Bruxelles et le 17 avril dès 17 h 30 à Beauraing (précisions dans l’agenda)

Pour le GRAPPE

Martine Dardenne, membre du GRAPPE et sénatrice honoraire

Michèle Gilkinet, présidente du GRAPPE

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