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La géo-ingénierie : de quoi s’agit-il ?

La géo-ingénierie est l’intervention technologique à échelle planétaire sur les océans, les sols ou l’atmosphère dans le but de contrecarrer ou de réduire l’impact des activités humaines.

Et si, plutôt que tenter de réduire les émissions de gaz à effet de serre, on développait des technologies capables d’atténuer et même d’en supprimer les effets les plus graves ?

C’est le plan B, proposé par certains scientifiques et soutenu par des financiers qui y voient une nouvelle mine d’or en perspective. L’échec des politiques de réduction des émissions de GES justifie, selon eux, de s’y préparer : gestion du rayonnement solaire et séquestration des GES sont les deux grandes voies envisagées. Quelle est l’efficacité de ces techniques ? Quels sont les dégâts collatéraux ? Doit-on et peut-on encore y renoncer ?

C’est de ces questions que nous vous invitons à débattre avec Miguel Tremblay, physicien québécois, spécialiste des sujets liés au changement climatique et à la géo-ingénierie , le mercredi 27 avril à 20h à Mundo N.

La conférence sera suivie d’un échange de vues avec Daniel Comblin (président de l’APERE), Ezio Gandin ( président des Amis de la Terre) et Paul Lannoye ( président du Grappe asbl)… et d’un débat avec la salle.

Inscription souhaitée grappebelgique@gmail.com PAF 5 € / Etudiants 3€


Préoccupés par une évolution de l’action écologiste se limitant à verdir à la marge le fonctionnement de la société, les fondateurs du Grappe asbl ( Groupe de Réflexion et d’Action Pour une Politique Ecologique) ont choisi de proposer des alternatives radicales.

Depuis 10 ans, le Grappe centre donc ses activités sur la critique fondamentale des choix de société qui agressent la nature et le monde vivant au nom de la croissance. Il met en valeur au contraire les choix qui sont basés sur le respect des équilibres écologiques et l’utilisation prioritaire des ressources renouvelables.

Vous désirez nous aider concrètement : Comment Faire ?

1. En vous procurant l’une ou l’autre publication du Grappe :
-  Dossier n° 1 (2011) : « Géo-ingénierie : un remède pire que le mal » 3 € *
-  Dossier n° 2 (2012) : « 10 bonnes raisons de manger moins de viande » 5€ *
-  Dossier n° 3 (2013) : « L’huile de palme en accusation » 5€ *
-  Dossier n° 4 (2014) : « Electrosmog : l’enfance en danger » 7€ *
-  Livre issu du colloque organisé par le Grappe « Commerce mondial : la démocratie confisquée. Le rouleau compresseur du libre-échange » édité chez Yves Michel en 2015 au prix de 12 € * (prix Grappe) (prix librairie 13.50€)

* Prix Hors frais de port.

2. En faisant un don Tout don, aussi minime soit-il, est un réel encouragement à la poursuite de nos activités. Il peut être fait par virement au compte du Grappe : BE 67 0682 4086 6787 avec la mention « don + année ». Les dons d’un montant de 40 euros ou supérieur donnent droit à une attestation fiscale et sont déductibles de vos revenus imposables.

3. En payant une cotisation En payant la cotisation annuelle de 30€ sur le compte du Grappe BE67 0682 4086 6787 avec mention « cotisation et l’année ».

D’avance, nous vous remercions pour votre soutien.

Bien cordialement.

Le Grappe asbl

L’insécurité nucléaire est maximale dans notre pays.

Une heureuse nouvelle nous est récemment parvenue en provenance d’Electrabel : avant les fêtes de fin d’année, les sept réacteurs nucléaires situés sur notre territoire national seront opérationnels. Soyons rassurés. Les sapins de Noël seront tous illuminés ! Notre Ministre en charge de l’Energie peut réaffirmer que notre sécurité d’approvisionnement est largement garantie. Elle a très probablement raison mais elle se garde bien d’ajouter que cela a un prix insoutenable : une insécurité permanente qui nous place au premier rang des pays européens menacés par un accident nucléaire catastrophique. Même avec des réacteurs de conception récente et exempts de tout incident significatif au long de leur histoire, la présence de sept réacteurs nucléaires sur un territoire de 30.000 km², avec une population de près de 11 millions d’habitants, par ailleurs riverain de deux centrales françaises de grande puissance (Gravelines et Chooz), nous place au premier rang sur l’échelle du risque d’accident grave. Cette position privilégiée vient d’être renforcée de manière décisive par les deux décisions récentes concernant le sort des unités fissurées de Doel 3 et Tihange 2 et par la prolongation de dix ans de fonctionnement accordée à Doel 1 et Doel 2.

Le cas de Doel 3 et Tihange 2 est emblématique. En 2012, des microfissures sont détectées sur les parties supérieure et inférieure de la cuve des réacteurs, ce qui entraine la mise à l’arrêt des deux réacteurs jusqu’à ce que la preuve soit apportée que les défauts décelés n’affectent pas la sûreté. En mai 2013, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire, convaincue par le dossier remis par l’exploitant, autorise Electrabel à redémarrer les deux réacteurs. Ce qui a lieu en juin 2013. En février et en mars 2014, de nouveaux tests remettent en question les certitudes de 2013 ; l’exploitant décide d’arrêter à nouveau les réacteurs. S’ensuit une mobilisation sans précédent d’experts de toutes nationalités chargés de démontrer que l’intégrité structurelle des cuves des réacteurs n’est pas menacée par les très nombreuses microfissures présentes. Le 12 novembre dernier, l’AFCN, à nouveau convaincue, mais cette fois-ci pour de bon, autorise le redémarrage. La lecture de ses conclusions est instructive. Elle nous dit que l’origine la plus probable des indications identifiées (lisez les fissures) dans les cuves des réacteurs est la formation de défauts dus à l’hydrogène liée au processus de fabrication. Elle ajoute qu’elle juge improbable une évolution significative des défauts dus à l’hydrogène au fil du temps. Après avoir écarté comme non pertinents des phénomènes susceptibles d’aggraver les fissures en exploitation, l’AFCN considère qu’une sensibilité inattendue à la fragilisation sous irradiation des parties de cuve concernées est improbable. Enfin, sachant que seules 0.25% des configurations de défauts sont éventuellement problématiques (selon l’exploitant), l’AFCN considère que les marges de sécurité sont suffisantes. Ouf ! Tout va bien puisque les cuves, selon toute probabilité, résisteront au vieillissement.

Tenir compte des leçons de l’Histoire conduit cependant à se méfier des calculs de probabilité surtout s’ils laissent de côté a priori des scénarios jugés inacceptables. Les trois accidents catastrophiques qui ont mis hors contrôle des réacteurs nucléaires et provoqué une fusion du cœur radioactif depuis les débuts du nucléaire civil (Three Mile Island en 1979, Tchernobyl en 1986 et Fukushima en 2011) se sont déroulés selon un scénario non envisagé par les autorités de sûreté, respectivement américaine, soviétique et japonaise. Ils ne furent pas envisagés parce que totalement improbables.

Avec Doel 3 et Tihange 2, on se trouve dans la situation inédite où des défauts affectent la structure de base d’un réacteur. Il est tout à fait évident que ces mêmes défauts dans un réacteur en construction entraineraient un refus pour non-conformité lors de la réception de la cuve ; l’AFCN prend donc un risque d’un nouveau type en donnant son feu vert.

Plus vieux, plus dangereux.

On sait que l’évolution du risque d’incident grave ou d’accident au long de la vie d’un réacteur nucléaire peut être schématisée par une courbe en baignoire. Le risque est élevé dans les premiers temps (période de rodage) ; il diminue nettement ensuite pour remonter fortement en fin de vie (vieillissement). Le vieillissement lié au fonctionnement est dû à la fragilisation des matériaux du fait de l’accumulation des sollicitations thermiques et mécaniques et surtout de l’irradiation. Cette fragilisation peut conduire à des défaillances graves ou des ruptures de pièces importantes. Mais un autre facteur de vieillissement est la conception et le design. L’accident de Three Miles Island en 1979 a suscité un important travail de réévaluation visant à en tirer les leçons pour la filière PWR. Les réacteurs plus anciens, qui ont démarré avant 1979 ont été conçus sans prise en compte de ce retour d’expérience. Ils sont donc doublement vieux, comme Tihange 1, Doel 1 et Doel 2. Par ailleurs, les risques d’origine externe n’étaient guère pris au sérieux dans les années 1970, qu’il s’agisse de risques sismiques, d’inondation, de chutes d’avion ou de rupture brutale de l’approvisionnement en électricité ou en eau de refroidissement. Tout cela a fait l’objet de stress tests après Fukushima, tests jugés, sans surprise, satisfaisants par l’AFCN.

On remarquera que les scénarios envisagés sont généralement basés sur le concept d’évènement extrême maximal évalué à partir de données historiques (par exemple, le tremblement de terre susceptible de n’avoir lieu que tous les 10 000 ans) ! Les évènements extrêmes rendus possibles du fait du réchauffement climatique ne peuvent avoir été pris en compte à une époque où le réchauffement climatique commençait seulement à être évoqué.

On peut légitimement s’interroger sur le suivi des exigences formulées par l’AFCN après les stress tests, sachant qu’il était prévu de fermer Doel 1 et Doel 2. Un dernier élément, à mon avis essentiel, doit être avancé à charge du parc électronucléaire belge : la possibilité d’un accident dans une usine classée à haut risque proche des sites de Doel et Tihange. Un tel accident pourrait empêcher une gestion correcte d’un incident dans une centrale nucléaire. Or, la région anversoise où se situe Doel abrite 63 sites Seveso à haut risque ; la région liégeoise, proche de Tihange, en comprend 12.

Le risque, dans un tel contexte, d’un accident catastrophique ne peut être considéré comme négligeable. Avec une densité de population aussi élevée qu’autour des sites de Tihange et Doel, il est illusoire de croire à la possibilité d’une évacuation des populations. Il faut donc envisager l’hypothèse selon laquelle nous serions appelés à vivre en territoire contaminé pendant des décennies. En Biélorussie, après l’accident de Tchernobyl, le programme Ethos, financé par l’Union européenne, a eu comme objectif de montrer comment vivre en territoire contaminé. Un même programme a été mis en place à Fukushima. On sait aujourd’hui, grâce aux travaux effectués par les scientifiques russes, biélorusses et ukrainiens (1) que :
-  L’état de santé des populations vivant en zone contaminée s’est globalement détérioré. Les enfants sont particulièrement touchés : problèmes cardiaques, retard mental, maladies du système respiratoire ;
-  En Biélorussie, l’incidence de toutes les affections cancéreuses a augmenté de 40% entre 1990 et 2000 ;
-  Des malformations congénitales particulièrement graves (spina bifida, atrophie des membres, malformations du cœur et du système nerveux central, anencéphalie) sont apparues à un taux anormalement élevé dans les régions les plus contaminées en Biélorussie, Ukraine, Turquie, Bulgarie, Croatie, Allemagne.

A Fukushima, la situation sanitaire apparaît déjà comme annonciatrice de désordres du même type. Une étude récente (2) effectuée sur le territoire de la préfecture de Fukushima montre que, parmi les jeunes gens âgés de moins de 18 ans, le taux de cancers de la thyroïde est 30 fois supérieur à celui mesuré dans les zones non contaminées.

Il est peu vraisemblable que nos concitoyens considèrent une telle perspective comme acceptable. J’en appelle à un sursaut de conscience de nos experts de l’AFCN et de nos responsables politiques pour qu’ils sursoient à des décisions qui nous promettent une insécurité insoutenable pour de longues années encore.

Paul Lannoye

(1) A.Yablokov, V.Nesterenko, A. Nesterenko ; « Consequences of the catastrophe for people and the environment » ; Annals of the New York Academy of Sciences ; vol 1181, déc.2011.

(2) Toshihide Tsuda et al. « Thyroid cancer detection by ultrasound among residents ages 18 years and younger in Fukushima, Japan : 2011 to 2014 » ; Epidemiology ; Vol XX ; Number XXX, XXX 2015

Note : cet article a été publié par la Libre Belgique en décembre 2015

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