Bienvenue sur le site du GRAPPE asbl, Groupe de Réflexion et d’Action Pour une Politique Écologique

Depuis 2004, le Grappe a abordé et approfondi de multiples enjeux politiques selon la vision écologique promise par ses fondateurs. Au fil du temps, il est apparu que le film documentaire constituait un des meilleurs vecteurs d’introduction au débat susceptible de stimuler la prise de conscience du grand public. C’est dans cet esprit que s’est mis sur pied le cycle de ciné-débats qui est programmé au cinéma Forum de Namur et au cinéma Chaplin de Nismes (Viroinval).

Pour inaugurer le cycle en 2014 , nous vous avons présenté "Bovines ou la vraie vie des vaches" d’Emmanuel Gras, suivi en mars par " Les sacrifiés des ondes" d’Yves Bilien.

Le troisième film choisi est le suivant : "Into Eternity" de Michael Madsen, 75 minutes

Le chantier d’un sanctuaire conçu pour durer cent mille ans. Creusée dans le nord de la Finlande, à Onkalo, cette gigantesque grotte abritera des déchets nucléaires. S’adressant aux générations futures, ce documentaire en forme de film de science-fiction montre ces travaux gigantesques – cinq kilomètres de galeries plongeant 500 mètres sous terre- et pose la problématique de l’élimination des déchets radioactifs sous l’angle de la temporalité. Impliquant une responsabilité millénaire, celle-ci nous oblige à adopter une autre échelle de durée.

Into Eternity est composé de prises de vue au fond du chantier souterrain, de plans sur la forêt peuplée de rennes et d’élans et d’entretiens avec des scientifiques suédois ou finlandais. Tous ont à cœur de préserver l’humanité du danger qu’elle a elle-même créé. La solution d’Onkalo est présentée comme la plus sûre. Mais elle pose des questions qui repoussent les limites de l’entendement.

Comment, par exemple, communiquer avec les humains qui vivront sur terre dans 100 000 ans ? Il suffit de s’imaginer ce que pourrait être une conversation avec un homme de Néanderthal pour appréhender l’ampleur de la difficulté.

Véritable cri d’alarme, Into Eternity a reçu plusieurs récompenses : le Grand Prix du Festival International du Film d’Environnement (France), Prix du Documentaire au Festival Nordique de Bergen et le Grand Prix du Festival « Visions du Réel » à Nyon en Suisse.

La projection sera suivie d’un débat animé par Paul Lannoye, docteur en sciences physiques.

Programmation le 24 avril à 20h au ciné-Chaplin de Nismes et le 29 avril à 20h au cinéma Forum de Salzinnes ( Namur).

Villes intelligentes … citoyens domestiqués.

On avait déjà les téléphones intelligents (Smartphones). On nous prépare les compteurs intelligents (Smart meters), les réseaux intelligents (Smart grids). Mais le fin du fin, ce seront les villes intelligentes (Smart cities) qui sont en train d’éclore pour notre plus grand bien-être. C’est ainsi que Namur, capitale régionale, s’enorgueillit d’avoir fait ce choix de la modernité. De quoi s’agit-il ? Je ne peux que conseiller, pour les sceptiques ou les incrédules, dont je fais partie, la lecture de la très officielle revue du Service public de Wallonie, Réactif (n° 75 de l’été 2013). Je ne suis pas sûr que vous vous considérerez comme informé mais vous aurez une idée assez claire de ce que sont un texte de propagande et un parfait lavage de cerveau (brainwashing, pour rester branché). Partant du fait que la population urbaine a fortement augmenté au cours des dernières décennies, l’auteur considère comme inéluctable que la tendance se poursuive. Il en déduit que les villes, de Singapour à Namur, en passant par Amsterdam, Stockholm et Genk*, « se veulent de plus en plus interconnectées et intelligentes » pour gérer les problèmes de gestion rendues plus complexes.

Les villes offrent, selon l’auteur, de plus en plus de services adossés à des technologies dites « intelligentes ». Ces technologies, une fois intégrées aux infrastructures urbaines, contribuent à accroître l’efficacité des services dispensés et à moindre coût. Généraliser cela, toujours selon l’auteur, permet d’optimiser la consommation d’eau et d’électricité, de gérer la production d’énergie ou encore d’instaurer sur les routes des péages automatiques. A ces solutions ( !) s’ajoutent d’autres technologies essentielles comme les réseaux de télécommunication à haut débit. Enfin, l’auteur ajoute que : « les organismes publics comptent s’appuyer sur le concept de « Smart city » pour rendre leurs infrastructures et services clés plus flexibles, interactifs, efficaces … en un mot plus « intelligents » dans une dynamique sociale et environnementale durable ». Vous l’aurez compris : le discours d’église ne laisse aucune place ni au doute ni à l’objection mais n’explique et ne justifie rien. Il proclame que l’interconnexion généralisée est la réponse à tous les problèmes de la vie urbaine. Une ville intelligente est une ville truffée de capteurs mis en réseau où chacun, équipé de son téléphone « intelligent » est informé en permanence et peut donc se comporter conformément aux exigences de la durabilité, telle que conçue et programmée par le clergé technocratique. L’interconnexion permet aussi, même si cette qualité est soigneusement occultée, de surveiller le troupeau humain et de le conditionner sous prétexte de confort, de sécurité et de santé. La croissance des villes, devenues heureusement « intelligentes », même si elle désertifie un peu plus le milieu rural, n’empêche pas les campagnes d’avoir elles aussi accès à un futur « intelligent ». Les experts du très sérieux Institut français de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea) (Le Monde du 26 février 2014) y ont pensé. Dans un avenir proche, on devrait pouvoir compter sur des tracteurs « intelligents », c’est-à-dire des machines interconnectées sans pilote, commandées à distance. Ces tracteurs, équipés d’instruments de mesure, de géolocalisation et de prise de vue, communiquent en permanence avec les autres robots opérant dans les champs sous la supervision d’un agriculteur (pardon, d’un opérateur) placé à proximité. L’agriculteur pourra compter en outre sur des drones équipés d’un appareil photo, de capteurs infrarouge et d’un GPS pour connaître plus précisément les besoins en eau de ses champs et détecter les zones infestées de mauvaises herbes. Ainsi, l’agriculteur du futur sera définitivement réduit au rôle d’exécutant docile de règles d’une agriculture « intelligente » prétendûment efficace et respectueuse de l’environnement. Le coût de ce type de pratique n’est évidemment pas évoqué ; l’intelligence n’a pas de prix. Quant à l’opportunité d’un débat sur les bienfaits et les éventuels inconvénients d’une telle vision de l’agriculture où quelques rares pilotes serviraient de relais aux injonctions de machines programmées par des technopenseurs hors sol, elle n’est même pas évoquée. On ne peut que se prosterner devant le progrès ! L’idéologie totalitaire de la technoscience est en marche. Comme toute idéologie, elle impose sa conception et n’a que faire des réalités et du vécu des êtres humains concernés. Quant à savoir s’il est raisonnable et réaliste de consacrer énergie et moyens à de tels projets et à de telles visions hallucinées de l’avenir, il est hérétique de se poser la question.

* toutes ces villes ont choisi d’être " intelligentes".

Paul Lannoye

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